SEULE
Seule,
Dans ce wagon plombé
Qui traverse l'Europe,
Sans parents, sans amis,
Sans espoir de survie.
Debout,
Crispée pendant des heures
Pour ne pas t'effondrer
Dévorée par la peur
La faim, l'obscurité,
Salie,
Brisée par le voyage,
Epuisée, sans courage,
Tu sais qu’on va t’ouvrir
Et qu’il faudra tenir,

Belle
Comme une fleur sacrée
Qui voudrait bien s’ouvrir
Que l'on va piétiner
Sans même la cueillir.

En ignorant la peur,
Les chiens, les hurlements,
Les regards salissants,
La fumée et l’odeur...
Triste,
Comme si tu devais
Porter ton propre deuil,
Tu ne peux voir le ciel
Qu’à travers ton cercueil.
Seule,
Dans ce wagon plombé
Qui traverse l'Europe,
Sans parents, sans amis,
Sans espoir ni sursis